Crémetterie
Un article de Patrimoine-Saint-Herblain.
A l’ouest de la banlieue non urbanisée de Nantes et à cinq kilomètres du bourg de Saint- Herblain, vivait une population rurale parsemée, assez repliée sur elle-même et ses rares voisins. Parmi celle-ci existait une ferme mal desservie par des chemins creux : la Crémetterie.
Toute la contrée dépendait de longue date du duché de Bretagne, lequel fut intégré au royaume de France suite aux deux mariages d’Anne de Bretagne. Dans la proximité apparaissent vers 1513 les propriétés de La Garotterie et du Vigneau. En 1669 pour la première fois La Branchoire est citée, c’est d’abord une terre puis une propriété. La Crémetterie, ferme dépendante de La Branchoire apparaît plus tard, ainsi que la ferme de Preux.
En 1623 Jean Blanchard seigneur de l’Essongère achète la seigneurie de la Musse et du Plessis, s’étendant en paroisses de « Chantenay, Sainct Herblain, Coyron et Sainct Etienne, dioceze de Nantes. » Cette possession s’agrandit et devint une baronnie en 1644, un marquisat en 1651 par consentement de Louis XIII puis, de Louis XIV. Cet ensemble formait une haute juridiction exercée au bourg de Saint-Herblain et comportait de nombreux droits de taxes et pouvoirs de justice. Le marquisat appartint à la famille Blanchard de la Musse jusqu’au XIXe siècle.
En 1834 les relevés cadastraux napoléoniens nous indiquent comme propriétaire de nombreuses terres et lieux, Michel Delabrosse, habitant aux Dervallières, puis l’ensemble est vendu en 1865 au Nantais Jules Arnous-Rivière et finalement échoit à Henri de Vallois en 1875. Cet ensemble touche à sa fin et est démembré progressivement.
En 1834, la Branchoire, la Crémetterie, le Preux appartiennent aux Delabrosse, mais de nombreux petits propriétaires apparaissent sur la Garotterie, les Hauts Moulins, la Maison Blanche, la Martre, le Vigneau, le Tertre, la Chicotière et l’on voit les premières maisons se construire en plus des fermes.
Sur le secteur Crémetterie, avant la seconde guerre mondiale, il n’y a que la ferme et quelques maisons disséminées, un café de la Maison Blanche au bord du chemin de grande communication n° 101 de Saint-Etienne à Nantes. L’essentiel des habitations est plutôt sur la butte des Hauts et Bas Moulins. Les professions nouvelles sont maintenant tournées vers les besoins de développement de Nantes (carriers, maçons, paveurs, etc.…). Pourtant, toutes les terres sont restées agricoles jusqu’au bord de Nantes, la limite étant marquée par les chemins du Massacre et du Tertre.
Sous l’Occupation, les Allemands s’installent à la Branchoire et font raser toute la végétation jusqu’à Nantes pour leur zone de défense. Les bombardements de Nantes vont nécessiter le relogement en baraquements de nombreux sans-abris ; des terrains de la Crémetterie font alors l’objet d’une cession provisoire entre les deux communes pour y installer à partir de 1948 plus de 100 baraquements abritant près de 250 familles. Un village nouveau était créé. Les derniers fermiers ont été M. et Mme Lecossec ; ils avaient acheté la ferme en 1947 et l’ont exploitée jusqu’en 1963.
Au début des années 1950, Monsieur Riboud (patron de l’usine LU et directeur d’Antar) acheta des terrains agricoles et créa une Société Anonyme afin de permettre la construction de logements en dur, et ce, au moyen d’un permis de construire global, ce qui était nouveau. Entre 1955 et 1964, sur l’emplacement des baraquements et autour, on construit un grand lotissement découpé en de nombreuses tranches. Il reprend le nom de la Crémetterie, un nom chargé de sens pour beaucoup, toute cette génération qui a trouvé ici un refuge ou y a vécu sa jeunesse. Ils étaient fiers de leur quartier, pourtant assez décrié pour ses origines populaires et ouvrières et sa vie animée ; ils l’appelaient eux mêmes : « la crème », et ils avaient raison car le quartier est devenu très apprécié et appréciable.
Les pavillons en dur amènent enfin un vrai confort et constituent le cœur d’un quartier qui va s’agrandir par de nombreux lotissements et immeubles et remplir tout l’espace, jadis agricole, maintenant entièrement urbain.
Plus tard le square et la place du marché prennent la place des dernières baraques et ils représentent depuis le coeur du quartier avec le petit centre commercial. Ce micro quartier est maintenant inscrit dans les limites des boulevards de la Baule, du Tertre, Allende et autour de la rue de la Blanche.
L’arrivée du tramway a modernisé l’image des lieux et le quartier se rajeunit ; les générations se succèdent déjà.
La dernière touche est récente : c’est la ZAC des Tilleuls qui, par son implantation, a déjà amené l’école à se déplacer afin de laisser la place à un ensemble de 200 logements très divers qui vont incessamment sortir de terre. C’était le seul espace libre du secteur, là où restait l’ex supermarché Leclerc et son grand parking bétonné, vieillis et peu attirants. Ce commerce s’est modernisé en s’implantant de l’autre côté des rails du tramway. Une page vient de se tourner.
Une autre page d’importance s’annonce à l’échéance de quelques années : la transformation du boulevard de la Baule en zone artisanale et commerciale, dans le style de la nouvelle route de Vannes. De quoi changer profondément l’ambiance du quartier.
