Sillon de Bretagne

Un article de Patrimoine-Saint-Herblain.

L’immeuble du Sillon de Bretagne vu depuis le village de la Mocquelière (photo CAUE de Loire-Atlantique).
L’immeuble du Sillon de Bretagne vu depuis le village de la Mocquelière (photo CAUE de Loire-Atlantique).

L’immeuble du Sillon de Bretagne impose sa silhouette démesurée à l’ensemble de son environnement. Souvent décrié, et surtout par ceux qui ne le connaissent que de loin, le colosse a en effet connu des heures difficiles, dues autant aux crises économiques survenues après sa création qu’à sa conception architecturale d’origine.


La construction en 1972, sous l’égide de la société d’HLM le Home Atlantique, est due à quatre architectes nantais : Jean Boquien, Georges Ganuchaud, Jean Maeder et Jean Parois. Cette architecture utopique, censée exprimer l’idée alors moderne du village vertical, n’a jamais tout à fait été terminée. Un restaurant panoramique, construit comme une grande soucoupe posée au sommet de l’édifice, ne fut jamais réalisé.


Le plus grand immeuble de France, disait-on alors, réunissait au départ 895 appartements, pour abriter 3 000 habitants, avec une réelle mixité sociale et culturelle. Mais le départ progressif dela classe dite « moyenne » devait concentrer ensuite au Sillon une image sociale dévalorisante, dont l’immeuble devint une sorte de symbole.

L’immeuble du Sillon de Bretagne (photo Bernard Renoux-CAUE de Loire-Atlantique).
L’immeuble du Sillon de Bretagne (photo Bernard Renoux-CAUE de Loire-Atlantique).

Plusieurs fois réhabilité, et même remanié lorsqu’on décida de transformer les étages supérieurs en bureaux, le Sillon de Bretagne fait aujourd’hui l’objet d’une Opération de Renouvellement Urbain (ORU) qui prévoit la destruction d’une petite partie de la construction, la création de nouveaux appartements, la réhabilitation de ceux conservés, ainsi qu’une amélioration de ses équipements et de son environnement extérieur.


« De loin, à des kilomètres, le Sillon est sans mesure. Son énorme volume pyramidal semble isolé au cœur d’une vaste forêt, et Saint-Herblain n’existe pas encore. À mesure que l’on s’approche, et que la ville apparaît, le bâtiment prend une taille plus humaine. Les horizontales blanches des allèges de béton contredisent l’élévation générale. Elles rendent dérisoire l’espace apparemment alloué aux êtres humains : étroits bandeaux de fenêtres et de stores bleu littoral.


Noël Lemaresquier, architecte conseil de l’Etat, aurait engagé les concepteurs nantais à rassembler en un seul géant de 30 étages leur projet initial d’un groupe d’immeubles de 15 niveaux.

L’immeuble du Sillon de Bretagne (photo Bernard Renoux-CAUE de Loire-Atlantique).
L’immeuble du Sillon de Bretagne (photo Bernard Renoux-CAUE de Loire-Atlantique).

Le Sillon n’est donc ni une tour, ni un ensemble d’immeubles-barres. C’est un volume complexe, ancré au sol où il s’étale et se prolonge en constructions annexes et en aménagements divers. La ville s’est construite à ses pieds et se reconstruit toujours, tente des mails et des placettes, dessine des lotissements aux toitures d’ardoise, organise des parkings et des commerces, aménage une ligne de tramway.

Depuis les derniers niveaux, tout ceci paraît microscopique. Mais la vue au loin est éblouissante, sur un espace sans limites, étonnamment verdoyant, où Nantes semble approcher Saint-Nazaire.

À l’origine, les ascenseurs étaient regroupés au centre du Sillon, et ne desservaient qu’un étage sur cinq mais, très vite, on a dû fragmenter les interminables couloirs, et créer 15 ascenseurs extérieurs (Lameynardie, architecte). En effet, dès 1977, on décidait de repenser entièrement le fonctionnement du bâtiment. Du 16 e au 29e étages, des bureaux ont alors remplacé les logements. Et depuis, régulièrement, on adapte les abords, les circulations, les appartements.


Trente ans après son édification, le Sillon semble avoir trouvé son équilibre, et la bonne mesure. Le projet d’un quartier en soi, équipé de commerces et de services, est devenu une réalité, au prix de nombreux ajustements et de quelques crises. Aujourd’hui certains de ses habitants trouvent que le Sillon est un beau bâtiment. C’est un signe. »

(Texte extrait de l’ouvrage « Architectures et patrimoines du XXe siècle en Loire-Atlantique », par Christophe Boucher et Jean-Louis Kerouanton, éditions Coiffard, Nantes 2006)

Immeuble du Sillon de Bretagne
Immeuble du Sillon de Bretagne
Immeuble du Sillon de Bretagne
Immeuble du Sillon de Bretagne
Immeuble du Sillon de Bretagne
Immeuble du Sillon de Bretagne